La Faïencerie Boulenger
La faïencerie de Choisy-le-Roi, connue sous le nom de faïencerie Boulenger, a été fondée en 1804 par les frères PAILLART. Le 21 floréal an XIII (11 mai 1805), Valentin, Melchior et Nicolas PAILLART se rendent acquéreurs d’un terrain de 4 hectares, situé sur une partie de l’ancien domaine royal, pour y installer leur manufacture de faïence. La faïencerie va devenir au fil du temps, et ceci jusqu’à sa fermeture définitive vers 1938, le principal centre de rayonnement de Choisy.
Historique
Propriété des frères PAILLART jusqu’en 1824, la faïencerie est ensuite dirigée par Valentin PAILLART et son associé Hippolyte HAUTIN. En 1836, le départ de PAILLART laisse l’usine à Hippolyte HAUTIN et Louis BOULENGER. En 1863, Hippolyte BOULENGER, fils de Louis BOULENGER, leur succède et reste seul à la tête de l’entreprise jusqu’à sa mort en 1892.
Hippolyte BOULENGER, par son charisme et son caractère entreprenant, fait connaître à la faïencerie un développement spectaculaire.
En 1878, l’entreprise familiale se transforme en société par actions et prend le nom de “Société Hippolyte Boulenger et Cie”. Le travail est réorganisé afin d’en augmenter le rendement et acquérir de nouveaux marchés. La production est diversifiée afin de toucher une clientèle plus large. Le succès oblige la société à s’agrandir en multipliant les ateliers et en ouvrant d’autres usines. A Choisy, l’entreprise passe de 300 ouvriers en 1860 à 1300 en 1900 et 1400 en 1930. Le siège social de l’entreprise est installé en 1889 au n°18 rue de Paradis à Paris. Au n°21 rue Pajol est créé un département distinct de la faïencerie de Choisy, en vue d’assurer la pose des revêtements céramiques.
En 1892, Paul BOULENGER prend la succession de la faïencerie. Louis PRIVÉ, petit-fils d’Hippolyte BOULENGER, devient administrateur général de la société, aidé par Jean BOULENGER, son cousin.
Les grèves de 1936 et le Front populaire vont être fatals à la faïencerie. Celle-ci va devoir fermer ses portes. Les bâtiments de l’usine ne seront néanmoins démolis qu’à partir de 1952, pour permettre la construction de la dalle commerciale lors de la rénovation du centre ville de Choisy-le-Roi.
A la fermeture de l’usine, l’activité est transférée aux faïenceries de Creil et Montereau, acquises en 1922. Ces dernières ferment leurs portes en 1953.
Seule subsiste de la Société Hippolyte Boulenger et Compagnie l’entreprise de pose de revêtements. En 1967, celle-ci est constituée en société anonyme sous la dénomination “Etablissement Boulenger, entreprise de revêtements”. Aujourd’hui spécialisé dans les revêtements spéciaux par coulage dérivés de la technique Granilastic, l’établissement Boulenger ne continue pas moins ses activités traditionnelles qui sont le carrelage, les revêtements plastiques et les moquettes.
La production
La fabrication de produits de consommation courante représente de loin l’activité essentielle de l’usine : articles sanitaires, services de table, service à café, à thé, vases… sont distribués dans la France entière et à l’étranger ; les articles étant d’un excellent rapport qualité-prix. En se tournant vers la production d’articles bon marché, Hippolyte BOULENGER atteint une clientèle bourgeoise, pas assez riche pour acquérir des articles de luxe mais aimant vivre confortablement.
La production d’objets courants serait en 1880 de 300 000 pièces par semaine.
La production d’objets d’art, rares et luxueux, est en revanche plus réduite et destinée à une clientèle fortunée. Les réalisations, parfois monumentales, sont très remarquées dans les diverses expositions auxquelles la société participe à partir de 1867.
En 1878, de nouveaux ateliers consacrés à la production d’art et à la décoration architecturale en émaux cloisonnés sont construits. Le souci de qualité et de création des propriétaires de la faïencerie permet à de grands noms de la céramique, tel Louis CARRIER-BELLEUSE, de séjourner à Choisy.
Autre production importante : les revêtements céramiques muraux et les carrelages de sol.
En 1889, Hippolyte BOULENGER obtient les 2/3 du marché du métropolitain pour les revêtements muraux en céramique. La faïencerie n’est d’ailleurs connue par certains que pour ces carreaux de grès biseautés de 7,5 cm par 15 cm en émail blanc parcourant les couloirs du métro parisien.
Les œuvres charitables
L’entreprise Boulenger est une entreprise paternaliste, présente à chaque instant de la vie de ses ouvriers. Son personnel bénéficie d’une caisse d’épargne, d’une société de secours mutuels, d’une caisse d’assurance contre les accidents, d’une coopérative alimentaire.
Hippolyte BOULENGER est à l’origine d’œuvres de bienfaisance et d’assistance, œuvres qui obtiennent par ailleurs des récompenses officielles.
- en 1867 sont créés une crèche pour vingt enfants de 2 mois à 3 ans et un asile pour cinquante cinq enfants de 3 ans à 13 ans. Ces deux établissements sont confiés à la direction des Sœurs de Saint-André.
- en 1872, est fondée une école de garçons pour les enfants travaillant à la faïencerie.
- en 1875 est organisée une fanfare.
- en 1883, est créé un internat d’apprentis pour cinquante garçons destiné à recevoir les orphelins des parents ayant travaillé à la faïencerie et les enfants de l’assistance publique.
L’habitat
La faïencerie a fortement influencé le paysage choisyen. Un tiers du territoire de la commune appartient en effet à la famille BOULENGER. La propriété personnelle de la famille, “le Château”, s’étend à elle seule sur plus de 7 hectares.
Le logement des ouvriers représente la préoccupation principale des directeurs de la faïencerie.
Hippolyte BOULENGER se démarque par une vision sociale avant-gardiste pour son époque : il va notamment permettre à ses ouvriers d’acquérir un terrain pour y bâtir leur propre maison. Le quartier des Gondoles, appartenant en grande partie à BOULENGER, va ainsi se couvrir d’habitation à partir des années 1880. Les terrains sont revendus par lots aux ouvriers à des conditions de prêt avantageuses. La “Villa des faïenciers”, suite de maisons individuelles et doubles inspirées du modèle mulhousien d’Emile MÜLLER, est aussi construite à cette époque.
Dans les années 1920, Paul BOULENGER, continuant l’œuvre de son père, entreprend la construction d’immeubles, dans le quartier des Gondoles et dans le centre ville. Ainsi, l’immeuble aux n°6-8 avenue d’Alfortville est construit en 1929. Et, en 1930, est édifié, en face même de la faïencerie, un immeuble de 350 logements pour cadres et ouvriers, encore appelé immeuble BOULENGER.
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