Aumar Pulho Sow – La bande son d’Aumar Sow

Petit-fils d’un tirailleur sénégalais, Aumar Pulho Sow a enregistré un morceau de musique pour rendre hommage aux milliers de soldats sénégalais. Un jalon dans un parcours rythmé par le rap, le ragga, le reggae et l’afro hip-hop.


La vie n’est qu’une suite de rencontres…
Aumar Pulho Sow n’a jamais croisé l’agent de l’état-civil du Blanc-Mesnil, mais il ne pourra jamais l’oublier. Il doit, à chaque fois, préciser l’orthographe de son prénom, quarante-quatre ans après sa naissance. Il s’esclaffe : « Il ne savait pas écrire Omar. Il l’a transcrit en français. Ça donne Aumar. Ma mère ne savait pas lire, elle n’a pas pu corriger. » Cette dernière repart très vite en
Afrique, avec son fiston sous le bras. C’est à Ouakam, près de Dakar, qu’Aumar a appris à marcher. C’est dans cette ville que les tirailleurs sénégalais s’entraînaient jadis.

Retour au pays
« Je suis revenu en France à l’âge de 17 ans, se souvient Aumar, ça a été un choc. À Dakar, je regardais les séries américaines. Comme c’était doublé en français, j’avais imaginé que l’Hexagone ressemblait au Far West et Paris à New York. » Il déchante vite ! Son père vit dans un petit appartement, il ne trouve aucune école de dessin, sa passion de l’époque… Ce n’est pas l’eldorado des séries ! Mais Aumar est débrouillard. Il réussit à intégrer une école d’Art graphique, trouve des petits boulots, s’installe dans un foyer de jeunes travailleurs. Et dans les couloirs, il écoute le son qui
s’échappe des chambres exiguës. Du rap ! Dans ces sonorités d’origine américaine, le jeune homme distingue des rythmes déjà entendus à Ouakam, ceux des griots, les gardiens de la mémoire de
l’Afrique de l’ouest. Il commence à composer… Aussi, en 1991, lorsqu’à la fête de la musique, il entrevoit un micro libre, Aumar prend son courage à deux mains.
Il monte sur scène. Il invite les musiciens présents à donner du djembé. Il rape un texte dans lequel il dénonce la mode de la dépigmentation qui fait des ravages en Afrique. Le titre ne tombe pas dans l’oreille de sourds. L’artiste est invité à enregistrer en studio.

Entre scratch et beat
Rencontres après rencontres, il forme, en 1992, le groupe Djoloff, avec Doudou Seck et Mbégane N’Dour.
Le succès est fulgurant. Le trio ne cesse de se produire : Africolor à Saint-Denis, Eurockéennes à Belfort, Transmusicales à Rennes, et sort un album d’afro hip-hop, Laawan. La signature d’un contrat avec une grande maison de disques devait couronner les jeunes gens. Mais le diable se niche entre les lignes.
La maison de disques ne s’engage à rien. « Moi, je voulais faire de la musique, s’amuse Aumar, j’étais jeune et je n’étais pas très doué pour les affaires. »
Surtout, le musicien fait des choix fondamentaux. Plutôt que de poursuivre les tournées et les concerts, il préfère passer du temps avec ses quatre enfants, sans renoncer pour autant à la musique.
En 2002, il s’installe à Choisy-le-Roi. « La ville m’a accueilli, s’enthousiasme-t-il, tous mes amis sont ici. La municipalité soutient les projets artistiques, dont ceux de mon association, Laawan. J’ai pu ainsi monter des ateliers musicaux pour les jeunes, faire des concerts. »
En 2015, l’Espace Langevin cherche un technicien son. La musique encore. Celle qu’il compose en participant à la bande-son des Racines du futur, un documentaire consacré aux combattants africains.
Le titre a été diffusé à Choisy lors des célébrations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale. « Vous savez, le Sénégal était une colonie. Les hommes n’avaient pas le choix. Ils ne pouvaient pas refuser de partir à la guerre. Arrivés sur le front, ils étaient juste de la chair à canon. » Une réalité souvent ignorée.
Les temps ont changé. Le grand-père d’Aumar, blessé au combat, n’est pas redevenu le berger Peul en costume traditionnel. Il a longtemps travaillé à la mairie de Paris avec Jacques Chirac. Son fils, le père d’Aumar, est arrivé en région parisienne dans les années 1960. Aumar, lui, se définit comme un métis culturel, puisqu’il connaît les traditions sénégalaises tout en ayant ajouté, en trente ans de vie parisienne, la culture française. L’artiste regarde vers l’avenir.
Il envisage de faire le tour du Sénégal avec un studio : « Je voudrais sillonner la brousse pour enregistrer les morceaux de musique traditionnelle avant que ce patrimoine disparaisse. » La musique toujours.

Plus d’infos :
www.youtube.com/user/LAAWANE



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