Histoire de l’industrie choisyenne – Acte I


Grandeur et décadence de la faïencerie Boulenger

L’âge d’or des industries choisyennes s’est douloureusement achevé dans les années 1980, malgré d’âpres luttes pour conserver les emplois. La fermeture, en 1938, de la faïencerie Boulenger, entreprise emblématique, annonce les bouleversements à venir.

La cristallerie Houdaille et Triquet, la maroquinerie Fauler puis Hollander, la faïencerie Boulenger, la tuilerie Gilardoni : ces noms sont bien connus à Choisy et représentent quelques-uns des fleurons passés de l’industrie locale. La Seine, le pont, le chemin de fer ont favorisé l’essor économique de la ville.
Avec la Révolution industrielle, les anciennes manufactures prospèrent et de nouvelles usines s’installent.
Selon l’historienne Hélène Bougie, 86 % des 9 114 actif·ve·s de Choisy avaient leur emploi dans la commune en 1911. En 1986, les usines ont, pour la plupart, fermé leurs portes.
Les Choisyen·ne·s vont travailler ailleurs.
Ce déclin est long, amorcé bien avant les années 1970, comme en témoigne l’évolution de la faïencerie Boulenger. Cette grande entreprise, installée en 1804 sur une partie de l’ancien domaine royal (son emplacement était celui de l’actuelle dalle commerciale), a dominé la vie économique locale et a laissé son empreinte sur le paysage urbain. Elle fabriquait de la vaisselle de table, des objets décoratifs, du carrelage, de carreaux de faïences pour le métro parisien.
Dures conditions de travail Sous l’impulsion d’Hippolyte Boulenger (1836-1892), l’entreprise familiale croît et se transforme, en 1878, en société par actions, prenant le nom de « Société Hippolyte Boulenger et Compagnie ». La faïencerie est passée de 1 160 salarié·e·s en 1900, à près de 1 500 au début de la décennie 1920-1930, avant de tomber à 800 en 1936 et 200 en 1938, au moment où
elle est reprise par une coopérative ouvrière.
Le capitalisme paternaliste, mis en oeuvre par Boulenger, avec ses crèches, sa fanfare, sa société de secours mutuel, ses caisses d’épargne et d’assurance, et, même, ses facilités d’accession à la propriété, lui assure un contrôle sur une main-d’oeuvre bon marché.
Le 26 novembre 1924, le journal L’Humanité fait état de « sales boîtes », au rang desquelles figure la faïencerie de Choisy : « L’hygiène y est totalement inconnue, il n’y a pas de placards pour placer les vêtements, […] les ouvriers se lavent dans un seau les uns après les autres. Le temps de travail varie entre 9 et 12 heures payées à raison de 2 Fr25 de l’heure. Les femmes touchent 1Fr20 et font 9 heures. »
Avec la grande crise des années 1930, la faïencerie paraît inadaptée aux évolutions du marché. Les ouvrier·ère·s quant à eux·elles prennent conscience de leur force en 1936.
Pour la première fois, ils et elles se mettent en grève (du 2 au 15 juin) et réclament des augmentations de salaire de 50 %. La direction refusera et fermera purement et simplement ses portes en 1937, reportant ses activités dans ses annexes de Montereau (Seine-et-Marne), laissant sur le carreau des centaines d’ouvrier·ère·s…



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