Ksenija Car – Main tendue et poing levé

Ksenija Car défile dès qu'elle le peut avec les Gilets jaunes. Un combat de plus pour la Croate de 73 ans. Elle aura vu plus d’amour et de haine que beaucoup d’entre nous. Rencontre avec une révoltée au grand cœur.


À première vue, Ksenija semble intimidée. Mais la Choisyenne possède, en réalité, un caractère trempé et des idées affirmées. Elle sourit avec malice et tendresse : « Je faisais des études de biochimie à Zagreb, en Croatie. Oui, on ne dit plus Yougoslavie, c’est un gros mot maintenant ! J’ai rencontré un Français et je l’ai suivi jusqu’à Paris.»
Nous sommes en 1968, elle a 22 ans. La jeunesse s’insurge contre une société patriarcale. À l’époque, les modes de vie des deux pays ne sont pas si éloignés, mais leurs différences marquent Ksenija : « Le multipartisme, ça m’a vraiment étonnée. Je pensais qu’il n’y avait qu’un parti par pays, moi ! »
La France est en revanche très en retard sur le plan des droits des femmes. La Croate découvre un pays où la pilule vient à peine d’être autorisée, où l’avortement est illégal, et où une femme ne
peut disposer de son propre compte bancaire que depuis trois ans.

La révolte de la jeunesse
Rapidement, Ksenija se marie et reprend ses études.
Fini la biochimie ! Elle ne parvient pas à obtenir les équivalences. Elle s’inscrit donc en sociologie. Elle rit sous cape : « En un an, j’ai obtenu la nationalité française. En 1969, j’ai pu voter contre De Gaulle ! »
Elle entre à l’Agence nationale pour l’emploi et s’installe à Choisy-le-Roi, en 1974. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais ce serait sans compter sur le caractère bouillonnant de Ksenija. « J’ai participé à tout. Je me suis inscrite au PC, je me suis syndiquée à la CGT. Pour moi, c’était une évidence. J’ai été éduquée dans le socialisme ! »
La vraie coupure, ce n’est pas l’arrivée des enfants, ni son remariage, mais le conflit en Yougoslavie. Elle est retournée à Zagreb avec toute sa famille depuis quelques années quand les Balkans s’enfoncent dans la guerre. De 1991 à 2001, à deux heures d’avion de Choisy-le-Roi, balles, bombes et obus pleuvent. Les snipers font la circulation : « D’un coup, il ne fallait plus s’arrêter au feu rouge. » Des camps surgissent, comme réapparus d’un autre âge. L’histoire bégaie. Ksenija reste sans voix : « Personne ne croyait que ça tournerait aussi mal. Non, vraiment, je ne l’accepte pas cette guerre. J’en fais encore des cauchemars. En plus, vu le résultat… Aujourd’hui, les jeunes quittent le pays et les autres deviennent religieux ! »

Ardente militante
Elle revient en France en 1991. Choquée par les nouvelles qui arrivent de l’Est, elle s’engage encore plus. Avec la Croix-Rouge, elle collecte pour la Croatie médicaments et vêtements. À Choisy-le-Roi, elle rejoint Quartier libre, l’association du quartier Gabriel-Gambetta qui propose, entre autres, de l’accompagnement scolaire. Elle milite avec Entr’aideSanté, qui lutte contre le sida et finance la construction d’un centre de soins au Cameroun.
Deux femmes y ont déjà accouché. Une de ses grandes fiertés ! Elle combat les violences faites aux femmes avec Femmes Solidaires 94. Sans parler de Choisy Palestine, les clubs de country, de sophrologie, des réfugiés yougoslaves dont elle s’occupe, de ses enfants et petits-enfants, Mila (12 ans) et Oran (6 ans). « J’ai toujours voulu aider les autres ! », commente-t-elle. Alors, après un temps d’observation, elle a fini par rejoindre le mouvement des Gilets jaunes et prévient : « Cela va mal finir, parce que Macron ne répond pas à leurs justes revendications. »
À 73 ans, Ksenija n’a rien perdu de sa combativité, mais elle jette un regard désabusé sur la société : « Je ne dirais pas que le monde va bien. Je suis allée à Pôle emploi avec un réfugié : le conseiller ne lui pas jeté un coup d’oeil. Il ne regardait que l’écran. Plus globalement, je croyais qu’on allait vivre dans un monde internationaliste, plus humain, et c’est tout le contraire. On assiste à la montée des nationalistes ! »



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