Quand les troupeaux envahissaient les rues


Il y a cent soixante ans, le 5 avril 1861, le conseil municipal, avec à sa tête le maire Jules Lagoutte, tentait d’agir contre le passage incessant de… veaux, vaches et moutons qui encombraient les rues et les avenues de la ville.

« Et, pour surcroît de maux, un sort malencontreux / Conduit en cet endroit un grand troupeau de bœufs ; / Chacun prétend passer ; l’un mugit, l’autre jure. / Des mulets en sonnant augmentent le murmure. / […] Je saute vingt ruisseaux, j’esquive, je me pousse ; / Guénaud sur son cheval en passant m’éclabousse, / Et, n’osant plus paraître en l’état où je suis, / Sans songer où je vais, je me sauve où je puis. » Ces quelques alexandrins sont tirés du poème satirique Les embarras de Paris, composé vers 1660 par Nicolas Boileau. Il aurait pu l’être par un poète choisyen au temps de Napoléon III.

Le 5 avril 1861, sur autorisation spéciale du sous-préfet, le conseil municipal se réunit en session extraordinaire pour statuer sur les nombreuses plaintes émanant des habitants. Il devient d’autant plus urgent d’agir qu’une pétition vient de recueillir près de 600 signatures. C’est beaucoup dans une commune qui compte quelque 4 000 habitants, d’autant que les signataires sont pour l’essentiel des chefs de famille.

Passages journaliers et continus 

La situation est devenue épouvantable du fait « du passage journalier et continu des bestiaux » le long des voies et avenues de la ville. Le trafic hebdomadaire est estimé à 2 500 bœufs et 10 000 moutons. On ne compte plus, affirme Jules Lagoutte, maire de 1856 à 1870, « les graves accidents causés journellement » et « les détériorations de propriétés ». C’est qu’aux dégradations consécutives au martèlement incessant des sabots s’ajoutent les divagations de nombreuses bêtes et les tas de déjections qui imprègnent la ville.
Cette véritable invasion, dont le premier magistrat de la commune n’hésite pas à souligner qu’elle « met en danger de la vie des habitants », résulte d’un faisceau de transformations. De longue date, Choisy est un point de franchissement essentiel de la Seine par les troupeaux. Ceux-ci sont conduits aux marchés aux bestiaux de Sceaux et de Poissy, qui ravitaillent Paris en viande de boucherie.

L’accroissement démographique de la région parisienne tout au long du XIXe siècle et l’amélioration de l’alimentation suscitent des flux de plus en plus importants. Le chemin de fer permet, quant à lui, de résoudre l’épineux problème de la diversification des sources d’approvisionnement.

Un encadrement strict des troupeaux 

Les bêtes débarquent désormais sans désemparer à la gare aux bestiaux, bâtie dans les années 1850 à hauteur de la voie de l’Épinette et à celle élevée dans ce qui deviendra Villeneuve-Triage. Ces troupeaux traversent Choisy, alors l’une des principales bourgades du sud parisien, en voie d’industrialisation, pour emprunter la route impériale 186 (route de Versailles).
Il avait bien été édicté une obligation pour la Compagnie du Paris-Orléans d’édifier un chemin spécial en vue de libérer les communes de Choisy et de Thiais de cette servitude, mais la puissante société privée de chemin de fer multipliait avec succès les démarches pour s’exonérer de ses devoirs. La municipalité en était réduite à « prier l’administration supérieure » d’agir, lui rappelant avoir « voté une somme considérable pour l’embellissement de ses avenues et l’amélioration de la voie de l’Épinette », « toutes ces dépenses
[menaçant de] n’aboutir qu’à un résultat désastreux ». Usant des armes très limitées qu’il détient, le maire publiera quelques semaines plus tard un arrêté exigeant un encadrement strict des troupeaux par des conducteurs, limitant leur passage à certaines voies, interdisant leur stationnement et en exigeant la circulation au pas…



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