Stéphane Floccari – Le football, une philosophie de vie


Le professeur n’a pas oublié les années passées à taper dans le ballon au stade Jean Bouin. Il revient avec bonheur sur sa passion dans un essai intitulé Pourquoi le football ?

l est tombé dedans quand il était petit. Ses deux frères jouaient au foot, son père faisait partie de l’équipe du CA Vitry. « C’était de famille, s’amuse-t-il. Celle de mon père est arrivée du sud de la péninsule italienne. Mon grand-père a acheté une maison à Choisy en 1951. » Stéphane Floccari commence à jouer à 6 ans. « J’étais un “tempérament” de l’école primaire Victor Hugo et du collège Jules Vallès, où il y avait deux excellents professeurs d’éducation physique. Je pense à Jeff Paclet et à Gérard Dhose, car ils nous ont appris à aimer le sport, tous les sports. » Le foot l’aide à se construire, avec la musique. Il fallait bien travailler à l’école. C’était important à la maison. Mais dès qu’il le pouvait, il se postait dans les cages, comme son père et son frère, mais il a aussi joué avant-centre à l’adolescence. « Je pense qu’on est sur un terrain de football comme on est dans la vie. Les initiatives que l’on prend, les tempéraments se voient dans le jeu. » Certains des joueurs du Sporting club sont d’ailleurs devenus professionnels, comme Grégory Maliki. Le club, c’était une famille, un endroit où tout le monde se mélangeait.

La foi et le foot
« Outre l’école et le stade, un autre lieu important pour moi, c’était la paroisse de l’église. J’avais la foi, enfant. Je lisais beaucoup et l’Ancien Testament a été pour moi une sorte de “choc romanesque”, souligne le philosophe de 48 ans. S’y retrouvaient les Italiens, les Portugais, les Espagnols et les Antillais. Mais il cesse de croire au divin vers l’âge de 15 ans. « Comme faisait remarquer le philosophe Merleau-Ponty, on croit qu’on croit mais on ne croit pas. Il me restait cependant un énorme besoin de comprendre ce scandale qu’est la mort. Jeune, j’ai perdu mes grands-parents que j’adorais. »
Il découvre une partie des réponses en cours de philosophie, en terminale. Une matière qu’il poursuit jusqu’à l’agrégation. Et il aime enseigner. « J’ai réalisé les choses que je voulais faire dans la vie comme fonder une famille. J’ai quatre enfants. Je voulais enseigner la philosophie et écrire. Je le fais. » Un peu avant la quarantaine, il rédige un premier ouvrage sur Nietzsche, son philosophe de prédilection. Nietzsche et le Nouvel An a eu un bon écho et s’est bien vendu. Du coup, il récidive avec un livre intitulé Survivre à Noël. Dans son dernier essai, il aborde le monde du football. « Je voulais dire à mon fils que le foot, ce n’était pas simplement des voitures de luxe, des transferts à des dizaines de millions d’euros, mais que c’était une culture et une aventure. »

Retrouver le sport originel
Pour cela, il se documente de façon rigoureuse. Lors d’un entretien donné à Libération en 1987, Michel Platini, son footballeur préféré, s’adresse à Marguerite Duras, prix Goncourt pour son livre L’Amant. Il lui dit : « Qu’est-ce que le football, ce n’est rien. Cela n’a pas de loi, pas de règles… » Stéphane Floccari est parti de ce « rien ». Il a commencé par en expliquer l’origine, son succès universel et ce qui lui a plu, à lui. Il ne nie rien des dérives et des excès du sport-roi, et les analyse : « Ils sont liés au football certes, mais ils ne sont pas produits par le football. Ce serait la même chose avec le cricket. Il y a malheureusement une inégalité financière entre équipes. La preuve, c’est le projet de Super ligue. Aujourd’hui, le foot meurt de son omniprésence. Il y a 15 ou 16 écuries, qui sont des marques mondiales. »
Mais le professeur qui travaille à l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) considère toujours le foot comme une mise à l’épreuve de soi, une preuve que l’on est vraiment vivant et le moyen de donner le meilleur de soi-même. « Je crois qu’au-dessus de tout, il n’y a que la charité, c’est-à-dire aimer les autres, être auprès d’eux, diminuer leur souffrance… » Il a d’ailleurs fondé une association pour aider les enfants de migrants de son quartier. Il est comme ça, Stéphane Floccari, il fait tout avec intensité et sérieux.

PLUS D’INFOS :
Pourquoi le football ?, Stéphane Floccari, éditions les Belles Lettres, 288 p., 16,90 €



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