Témoignage de confiné : MATTHIEU CAMILLE COLIN


MATTHIEU CAMILLE COLIN
Photographe

« Photographe indépendant, mes semaines sont habituellement rythmées par des déplacements fréquents à Paris ou à l’étranger pour des séances photos avec des acteurs, des chanteurs ; chez eux, en loge ou lors de concerts ou de représentation théâtrales.
Les journées sont aussi ponctuées de séances de portraits que je réalise pour des inconnus dans le studio photo aménagé chez moi.
Dès le début du mois de mars, j’ai commencé à sentir un ralentissement des rendez-vous, des concerts qui se reportent, des séances et des voyages professionnels qu’il faut annuler.
Puis arrive l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.
Encore plus de spectacles reportés, et donc des séances photos annulées.
Puis arrive le confinement.   Et là comment faire ? Comment faire quand on vit de la rencontre avec l’autre ? Qu’elles soient connues ou inconnues. Comment faire quand l’argent nécessaire à la vie sociale est donné par un public qu’on ne peut même ne pas voir physiquement ?
Alors dans un premier temps, on attend.
On fait ses comptes, on espère que cela ne durera pas plusieurs mois. On se rend également compte que tous les autres artistes sont dans votre cas.
La culpabilité et la confiance en soi n’est ainsi plus de mise.
En effet, lors des périodes maigres de la vie d’un artiste, lorsque l’on voit les autres travailler, la remise en question est effrayante.
Ce n’est pas le cas ici.
Nous sommes toutes et tous dans le même bateau.
Les journées passent, lentement.
Je procrastine beaucoup. L’inspiration n’est plus.
Puis une idée jaillit, grâce à un sms d’un proche. Il m’envoie le travail d’un photographe italien qui prend en photo des gens à distance, via une connexion Skype.
J’aime l’idée mais je déteste la forme que ce photographe a pris, à savoir ne prendre en photo que son petit écran d’ordinateur.
Après avoir râlé, je décide de faire ce que j’ai envie avec cette idée.
Ainsi, dans un premier temps, je décide de mettre en scène l’outil informatique ; comme si mon ordinateur était une personne à part entière.
Je l’installe donc sur un tabouret, au centre de mon studio, les éclairages dirigés vers lui.
Puis je me connecte via Skype avec des artistes ou modèles déjà photographiés auparavant. Ils sont à Paris, Lyon, Annecy, en Suisse, en Martinique…
Nous voilà reliés par cette connexion wifi.
Je les dirige à la voix, tant sur l’endroit où poser leur propre ordinateur que sur les poses à adopter.
Je veux mettre en scène la claustrophobie, l’isolement, la solitude, sans sombrer dans la tristesse, avec une forme artistique volontairement vintage en noir et blanc, comme si je les regardais dans un vieil écran de télévision.
Le temps passe ainsi plus vite.
L’espoir d’un « après » renaît, peut être en faire un livre ? Peut-être y inclure davantage de personnalités connues ? Ou moins ?
L’esprit se remet à fonctionner.
Je n’ai pas d’enfant.
Je suis marié et nous avons une petite chienne, qui avait mal aux pattes à force d’être légalement promenée… Elle peut maintenant se reposer puisque je suis très occupé. J’ai des rendez-vous quotidiens, je parle et j’échange à nouveau… le tout à distance.
L’énergie revient.
Ces machines froides et impersonnelles ont pu recréer un nouveau lien social, et me redonner de l’inspiration.
Malgré tout, l’approche physique artistique et l’échange entre Êtres humaines me manquent.
Restons tout de même chez nous pour que le 11 mai soit enfin le début d’une ouverture au Monde. »



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