Témoignage de confiné : STÉPHANE FLOCCARI


STÉPHANE FLOCCARI
Professeur de philosophie et écrivain

« Cette suspension du temps, unique dans notre histoire, est, à mon sens, une injonction à réfléchir à notre monde, pour redéfinir notre « vivre ensemble » et combattre ces inégalités. »

« J’ai déjà eu une petite expérience du confinement. Le 23 février, je suis rentré de Milan avec mes deux filles. J’ai été placé en quatorzaine. Mais, au bout de huit jours, on m’a demandé de reprendre le travail, avant d’être à nouveau confiné la semaine suivante, comme le reste du pays.

Je vis cette période singulière chez moi, avec ma fille de 20 ans, étudiante en lettres modernes. Mes trois autres enfants sont chez leurs mères. Je communique avec eux par divers réseaux sociaux. J’essaie de leur faire admettre la nécessité du confinement, tout en les rassurant. Mes enfants sont grands et plutôt autonomes. Mais, pour ces ados, la difficulté réside dans le fait d’être coupés de leurs amis, à laquelle s’ajoute la demande scolaire, parfois compliquée à gérer, parce qu’elle est forte et inédite.

Dans l’ensemble, je le vis bien personnellement. Le confinement n’est pas une douleur pour moi, même s’il génère des inquiétudes légitimes. Il a ainsi fallu convaincre nos anciens de se protéger. Mes parents, auxquels je suis très attaché, sont toujours à Choisy et avec mes frères nous avons dû insister sur la nécessité de bien rester chez soi.

J’ai conscience d’être privilégié puisque j’ai une maison et de quoi vivre normalement. Pour le moment, je mesure la chance que j’ai, et surtout que ma famille soit épargnée. Mais je pleure mon ami Daniel Davisse, l’ancien maire, qui vient de nous quitter et pour lequel j’avais une affection particulière.

Sur le plan professionnel, étant à la fois enseignant et auteur, ce temps libéré pour lire et écrire n’est pas un temps chômé. Je découvre le temps « libre » d’un prisonnier, sans vie sociale. J’en profite pour commencer un nouveau livre consacré à l’attente, à ses formes et à ses enjeux. Ce sujet épouse bien l’actualité, en un sens.

J’assure également la continuité pédagogique pour mes élèves du lycée Berthelot et de l’Insep en visioconférence, via la plateforme Zoom. Tous mes cours débutent en musique afin de leur faire découvrir le jazz et l’opéra, puis je prends des nouvelles d’eux et de leurs proches.

Cette période est l’occasion de constater un peu plus les inégalités socio-économiques. Il y a les élèves qui sont équipés d’un ordinateur et ceux qui souffrent de la fracture numérique. Ceux qui vivent en pavillons et ceux qui vivent dans des appartements plus ou moins exigus, dans lesquels ils n’ont pas tous un espace personnel. Ceux qui sont suivis par leurs proches et ceux livrés à eux-mêmes. Le confinement exacerbe ces disparités.

Cette suspension du temps, unique dans notre histoire, est, à mon sens, une injonction à réfléchir à notre monde, pour redéfinir notre « vivre ensemble » et combattre ces inégalités. Il faudra donc très vite penser à l’« après ».

Marqué par des valeurs de gauche, c’est-à-dire par la volonté collective de réduire les inégalités entre les hommes, je suis attaché à Choisy, bastion qui doit rester progressiste dans cet avenir incertain. »



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