Valentin Nguyen – La couleur c’est la vie !

Il fut condamné pour ses peintures murales. Ce temps est révolu. Le jeune graffeur choisyen peut aujourd’hui partager sa vie entre sa famille et son art en toute légalité. Une façon de revenir au sein d’une société où il s’est longtemps senti étranger.


Vous connaissez peut-être Valentin Nguyen. Mais si ! En tout cas, vous avez sûrement vu sa fresque. Elle orne depuis peu les escaliers de l’esplanade des Accords de Paris, en face de la  Médiathèque Aragon.
L’oeuvre représente, dans un tourbillon de couleurs pop, deux silhouettes en noir et blanc, les visages d’Elsa Triolet et de Louis Aragon. Le couple a marqué le XXe siècle de ses écrits, dont certains retiendront ce vers, tiré du poème d’Aragon, Les mains d’Elsa : « Donne-moi tes mains que mon âme y dorme, que mon âme y dorme éternellement… » Valentin, lui, est bien le fruit de notre siècle. Le jeune homme de 33 ans sourit : « Je suis un titi parisien. Ma mère est française ; mon père, lui, vient d’Asie, du Vietnam et de Pondichéry, en Inde. » Quand ses parents se séparent, il se souvient des retours au domicile maternel le dimanche soir. « Il y avait des fresques déjà. Je les connaissais par coeur. Elles me disaient où je me situais dans mon trajet. » Ballotté entre deux maisons, Valentin balance aussi entre toutes ses cultures. « J’ai mis du temps à me sentir français, avoue-t-il, et en même temps je m’appelle Nguyen.
C’est bizarre d’avoir un nom de famille typiquement vietnamien quand vous ressemblez à un Indien. »

Procès pour tag
Il hésite aussi entre la passion et la justice. « J’ai commencé à graffer à l’adolescence. Il n’y avait pas de modèle de street art à l’époque. » Ce mode d’expression artistique venu du New York des années 1980 est surtout interdit. Le tribunal lui n’hésite pas : Valentin doit cesser de peindre sur les murs. Le jeune homme dépose pour un temps masque et bombe pour apprendre la coiffure. Il a 16 ans. La vie emporte tout et le temps règle bien des difficultés. La rencontre de son épouse, Fela, l’arrivée des enfants, les études de multimédia, un voyage au Vietnam font passer les problèmes d’identité à l’arrière-plan. Valentin s’installe avec sa famille à Choisy-le-Roi. « J’ai eu du mal à quitter Paris, admet-il sans détour, mais franchement, je ne regrette pas un seul instant de m’être établi ici en 2016. » Et le hasard faisant bien les choses, la société qui emploie Valentin remporte le marché public « Enregistrement et transcription des séances du conseil municipal ». « Je travaille pour une entreprise qui enregistre des réunions et en rédige les comptes rendus, dont ceux de collectivités territoriales. Je suis ravi, s’enthousiasme le jeune homme, pour une fois, ce qui se dit me concerne ! Cela me donne aussi l’occasion de comprendre les enjeux économiques et de mieux cerner les choix politiques engagés par la Ville. »
Après la naissance de ses enfants, il a également recommencé à graffer, mais en toute légalité cette fois. « Quand je suis retourné au street art, il y avait eu pas mal de changements. Désormais c’est un art reconnu. » Et c’est vrai. En octobre dernier, une toile du britannique Banksy représentant les parlementaires en chimpanzés a dépassé les dix millions d’euros.
Et les musées français entrouvrent leurs portes aux artistes des rues.

Un art enfin reconnu
Un succès qui fait rêver Valentin Nguyen. « C’est vrai, j’aimerais peindre à plein temps et j’aimerais aussi en vivre. Mais, pour moi, la famille passe avant tout. » Un oeil sur Banksy, un oeil sur les toiles de Picasso, l’artiste revisite la culture classique comme la culture du ghetto dans son atelier d’Ivry-sur-Seine, tout en se défendant d’avoir un message à faire passer. Il vient d’ailleurs de terminer une très belle série de rappeurs décédés. D’Ivry à Choisy, le jeune homme trouve aussi matière à inspiration. Entre le sud de Paris et Choisy, en passant par Ivry et Vitry, ce sont plusieurs centaines d’oeuvres qui ornent les murs. Une sacrée collection, foisonnante, bigarrée et un peu chaotique, où chacun trouve de quoi s’émerveiller. L’art éphémère semble s’installer pour longtemps.



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